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Y a-t-il un credit score en Suisse ? Ce que les prêteurs regardent vraiment

Si vous arrivez des États-Unis, du Royaume-Uni ou d’ailleurs, la question est naturelle : où consulter son credit score suisse, et comment le faire monter ? La réponse surprend souvent : ce score n’existe pas. Il n’y a en Suisse ni FICO, ni note nationale, ni chiffre unique que les banques partageraient. À la place : des fichiers de solvabilité, un examen de budget imposé par la loi et des grilles d’évaluation internes propres à chaque prêteur. Ce guide explique comment un dossier est réellement évalué, ce qui pèse et ce qui ne pèse pas, et ce que vous pouvez faire, honnêtement, pour présenter le meilleur dossier possible. Sans magie et sans promesse : personne ne peut garantir une acceptation, et quiconque le fait devrait éveiller votre méfiance.

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La réponse courte : non, la Suisse n’a pas de credit score

Aux États-Unis, trois agences calculent un score standardisé (FICO, VantageScore) que tous les prêteurs consultent et que chacun peut suivre mois après mois. Rien de tel en Suisse :

  • Aucune note nationale. Aucun organisme, ni public ni privé, ne tient un score unique qui vous suivrait de banque en banque.
  • Rien à « consulter » ni à « faire monter ». Vous pouvez demander vos données (extrait ZEK gratuit, droit d’accès LPD auprès des sociétés privées), mais aucun de ces fichiers ne vous attribue une note globale officielle.
  • Chaque prêteur juge seul. Chaque établissement construit sa propre grille interne, ne la publie pas et n’a pas à la justifier publiquement. C’est pour cela qu’un refus chez l’un ne condamne pas votre dossier chez l’autre.

Si un site vous propose de « vérifier votre credit score suisse » contre paiement, lisez bien ce qu’il vend : au mieux une compilation de vos données de fichiers, que vous pouvez obtenir vous-même gratuitement pour l’essentiel.

Ce qui existe vraiment : les fichiers de solvabilité

À défaut de score, la Suisse a des fichiers. Quatre familles, aux logiques différentes :

FichierCe qu'il contientQui le consulte
ZEKCrédits, leasings et cartes : demandes, contrats, incidents, historique positif inclusLes établissements membres, avec votre autorisation
IKO (art. 23 LCC)Crédits à la consommation accordés et retards qualifiés, annoncés selon la loiLes prêteurs professionnels soumis à la LCC
Sociétés privées (CRIF, Intrum, Creditreform...)Données de solvabilité à leurs propres fins : incidents de paiement annoncés par leurs clients, adressesLeurs clients : e-commerce, régies, entreprises
Registre des poursuitesPoursuites, saisies, actes de défaut de biens, par arrondissementToute personne rendant vraisemblable un intérêt (art. 8a LP)

Le fichier central pour le crédit est la ZEK : qui elle concerne, qui la consulte, combien de temps chaque entrée est conservée et comment obtenir gratuitement votre extrait, tout est détaillé dans notre guide dédié /guides/zek. Retenez ici l’essentiel : ces fichiers enregistrent des faits (contrats, retards, refus, poursuites), pas une note. L’interprétation de ces faits appartient à chaque prêteur.

Comment un prêteur évalue concrètement votre dossier

Deux couches se superposent : ce que la loi impose à tous, et ce que chaque établissement ajoute.

La couche légale : l’examen de capacité (art. 28 LCC)

Avant d’accorder un crédit à la consommation, tout prêteur professionnel doit vérifier votre capacité de contracter le crédit. La règle est précise : vous devez pouvoir rembourser le crédit sans entamer la part insaisissable de votre revenu (calculée selon le droit des poursuites), et le calcul se fait sur l’hypothèse d’un amortissement en 36 mois, même si le contrat prévoit une durée plus longue. Entrent dans ce calcul, notamment : le loyer, les impôts, les obligations déjà annoncées aux fichiers, les pensions dues.

Concrètement, le prêteur reconstruit votre budget : revenus d’un côté, minimum vital et charges de l’autre. Ce qui reste détermine la mensualité supportable, donc le montant finançable. La loi lui permet de se fier à vos déclarations (art. 31 LCC), mais aussi d’exiger des justificatifs : fiches de salaire, certificat de salaire, extrait du registre des poursuites. En cas de doute sur l’exactitude de vos indications, il doit vérifier.

La couche interne : le scoring propre à chaque établissement

Au-delà du minimum légal, chaque prêteur applique sa propre politique de risque. Les critères habituels, sans qu’aucune liste officielle n’existe : stabilité de l’emploi et ancienneté chez l’employeur, type de contrat de travail, situation de logement, historique dans les fichiers, engagements en cours, et pour les personnes étrangères le type de permis de séjour et la durée de résidence. Chaque établissement pondère ces éléments à sa manière et fixe ses propres seuils.

Deux conséquences pratiques :

  1. Un refus n’est presque jamais expliqué en détail, et aucune loi n’oblige le prêteur à motiver sa décision. C’est frustrant, et c’est l’une des raisons pour lesquelles il vaut mieux préparer son dossier en amont que multiplier les tentatives.
  2. Le même dossier peut recevoir deux réponses opposées selon l’établissement. Les politiques de risque diffèrent réellement : certaines banques sont plus restrictives sur l’ancienneté de résidence, d’autres sur le taux d’endettement, d’autres sur le secteur d’activité.

Les réflexes américains qui ne fonctionnent pas ici

Le transfert mental du modèle US est la première source de confusion des nouveaux arrivants. Quatre mises au point :

  • « Utiliser une carte de crédit et la rembourser chaque mois construit mon crédit. » Non. Il n’y a pas de score à nourrir. Une carte bien gérée ne crée pas de bonus mesurable ; en revanche, les incidents (blocages, encaissement) sont annoncés et pèsent.
  • « Payer mes factures à temps améliore ma note. » Payer à temps n’est pas récompensé, c’est le comportement attendu. L’asymétrie est réelle : le positif se voit peu, le négatif se voit beaucoup (une poursuite, un retard annoncé).
  • « Je dois emprunter un peu pour montrer que je sais emprunter. » Prendre un crédit dont vous n’avez pas besoin pour « construire un historique » n’a pas d’effet garanti sur une décision future et vous coûte des intérêts certains. Aucun établissement suisse ne publie de règle qui récompenserait cette pratique.
  • « Je peux consulter mon score avant de demander. » Vous pouvez consulter vos données (extrait ZEK gratuit, extrait de poursuites à CHF 17, droit d’accès LPD chez les sociétés privées), et c’est un excellent réflexe. Mais il n’existe aucun chiffre officiel à consulter.

Renforcer honnêtement son dossier : ce qui dépend de vous

Personne ne peut promettre une acceptation, et ce guide ne le fera pas. Mais plusieurs leviers réels et légaux améliorent la lisibilité et la solidité d’un dossier :

  1. Vérifiez vos fichiers avant de déposer. Extrait ZEK (gratuit, voir /guides/zek) et extrait du registre des poursuites (CHF 17). Une donnée inexacte se corrige par le droit de rectification (art. 32 LPD) ; une donnée exacte ne se « nettoie » pas, elle expire à son échéance.
  2. Soldez ce qui peut l’être. Les retards en cours et les poursuites ouvertes pèsent immédiatement. Régler une poursuite ne l’efface pas rétroactivement, mais un dossier sans incident ouvert est un autre dossier.
  3. Déclarez tout, exactement. L’art. 31 LCC permet au prêteur de vérifier vos indications. Une omission découverte (un crédit en cours, une pension due) vaut refus quasi certain et abîme la confiance pour la suite. L’exactitude est votre meilleur allié.
  4. Stabilisez ce qui peut l’être avant la demande. Une période d’essai en cours, un déménagement imminent ou un changement d’employeur la semaine précédente sont de mauvais moments pour déposer. Quelques mois de stabilité changent la lecture du dossier.
  5. Calibrez le montant sur votre budget réel. Refaites le calcul de l’art. 28 LCC vous-même : revenus, moins minimum vital, loyer, impôts, engagements. Une demande calibrée sur ce que ce calcul autorise a structurellement plus de chances qu’une demande au plafond.
  6. Évitez les demandes en rafale. Un refus lié au dossier reste visible 2 ans à la ZEK. Simulez d’abord (une simulation ne laisse aucune trace), déposez ensuite, une fois, avec un dossier complet.

Nouveaux arrivants, permis B ou G : la vraie situation

C’est le public qui pose le plus de questions sur le « score suisse », et celui pour qui la réponse compte le plus. Les faits :

  • Votre historique étranger n’est pas repris. Les fichiers suisses (ZEK, IKO, poursuites) couvrent la Suisse et le Liechtenstein ; il n’existe pas d’interconnexion qui importerait votre historique américain, allemand ou portugais. Un excellent score FICO ne vous suit pas ; un incident à l’étranger non plus.
  • Repartir de zéro n’est pas repartir en négatif. Un extrait ZEK vide (« aucune donnée vous concernant ») est la situation normale d’un nouvel arrivant, pas un signal défavorable en soi. Ce qui manque, c’est la lisibilité : le prêteur compense en regardant la stabilité observable (emploi, revenu, logement, permis).
  • Aucune loi n’exclut les permis B ou G du crédit. La LCC ne fixe aucune condition de nationalité ni de permis. Les exigences que vous rencontrez (durée minimale de résidence — souvent un à deux ans selon les établissements —, type de permis, ancienneté d’emploi) sont des politiques de risque propres à chaque établissement, et elles varient réellement de l’un à l’autre.
  • Ce qui rend un dossier de nouvel arrivant plus lisible : un contrat de travail non limité hors période d’essai, des fiches de salaire régulières, un extrait de poursuites vierge, une adresse stable, et un montant demandé aligné sur le calcul de capacité. Aucun de ces éléments ne garantit un oui ; chacun réduit une incertitude que le prêteur devrait sinon combler par un non.

Un mot sans détour, parce que ce guide s’adresse aussi à ceux qui hésitent à poser la question en public : demander un crédit n’a rien de honteux. Financer une formation, un déménagement ou l’aide à sa famille est une décision d’adulte qui se prépare. La seule règle qui compte est celle du budget : un crédit ne doit jamais mettre en péril votre équilibre financier, et la loi est construite précisément pour cela.

Questions fréquentes

Existe-t-il un credit score officiel en Suisse ?

Non. Aucun organisme suisse ne calcule de note de solvabilité nationale comparable au FICO américain. Il existe des fichiers de faits (ZEK, IKO, CRIF, registre des poursuites) et des scorings internes propres à chaque prêteur, non publiés. Vous pouvez consulter vos données via le droit d’accès, mais il n’y a aucun « score » officiel à vérifier ni à faire monter.

Utiliser une carte de crédit et la rembourser chaque mois améliore-t-il mon dossier ?

Pas au sens américain. Sans score national, il n’y a pas de mécanisme qui récompense l’usage régulier d’une carte. Une carte bien gérée reste neutre ; les incidents (blocage, encaissement) sont en revanche annoncés à la ZEK et pèsent. Utilisez une carte si elle vous sert, pas pour « construire du crédit ».

Mon historique de crédit étranger compte-t-il en Suisse ?

Non. Les fichiers suisses couvrent la Suisse et le Liechtenstein, sans interconnexion avec les agences étrangères. Votre historique américain, britannique ou allemand n’est ni repris ni consultable par les prêteurs suisses. Vous repartez avec un dossier vide, ce qui est normal : la lisibilité se reconstruit avec la stabilité observable en Suisse.

Une simulation en ligne fait-elle baisser mes chances ?

Non. Une simulation calcule une mensualité indicative sans consultation de fichiers ni annonce à la ZEK. Seule une demande formelle déposée auprès d’un établissement déclenche la consultation et l’annonce. Simuler largement puis déposer une demande préparée est exactement le bon ordre.

Pourquoi ai-je été refusé sans explication ?

Aucune loi n’oblige un prêteur à motiver son refus, et la plupart ne le font pas. Les causes fréquentes : calcul de capacité (art. 28 LCC) insuffisant, incident dans les fichiers, politique de risque interne (ancienneté, permis, secteur). Vous pouvez vérifier vous-même vos fichiers (extrait ZEK gratuit, extrait de poursuites) pour écarter une donnée inexacte, qui se corrige par le droit de rectification.

Combien de temps une ancienne difficulté reste-t-elle visible ?

Tout expire. À la ZEK, selon les durées officielles : refus 2 ans, contrat soldé avec perte 5 ans, faillite personnelle 10 ans. Au registre des poursuites, les tiers n’ont en principe plus accès aux poursuites après 5 ans. Aucun service ne peut accélérer légalement ces échéances pour des données exactes ; le temps, lui, joue toujours pour vous.

Un crédit en cours apparaît-il dans mon extrait de poursuites ?

Non. L’extrait du registre des poursuites ne mentionne que les poursuites, saisies et actes de défaut de biens. Un crédit remboursé normalement n’y figure jamais : il est enregistré à la ZEK et à l’IKO, que les régies et employeurs ne peuvent pas consulter. Les deux mondes ne se rejoignent qu’en cas de défaut de paiement suivi d’une poursuite.

Sources et références

  • Loi fédérale sur le crédit à la consommation (LCC, RS 221.214.1), art. 23, 25 à 28 et 31, texte consolidé Fedlex, état au 01.09.2023
  • ZEK, FAQ et « Périodes de conservation » (liste officielle V1.2020-25-10), zek.ch, consultés le 05.08.2026
  • Loi fédérale sur la protection des données (LPD, RS 235.1), art. 25 et 32, via PFPDT, edoeb.admin.ch, « Droit d’accès », consulté le 05.08.2026
  • Loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite (LP, RS 281.1), art. 8a (consultation du registre par les tiers)
  • ch.ch, « Commander un extrait du registre des poursuites » (CHF 17), consulté le 05.08.2026

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